Posture du dirigeant

Conflit entre associés, désamorcer avant le juridique.

Au départ, deux ou trois personnes qui se font confiance et qui foncent. On se répartit le travail à la volée, on ne formalise rien, on se dit qu'on verra. Pendant des années, ça tient.

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Associée cofondatrice · Management & Organisation
Publié le Mis à jour le Lecture : 7 min
Conflit entre associés, désamorcer avant le juridique.

L'essentiel

La plupart des conflits entre associés sont des conflits d'organisation déguisés en conflits de personnes : un rôle jamais attribué, une charge perçue comme déséquilibrée, des décisions prises sans l'autre. Ce qui fonctionne avant le contentieux tient en quatre gestes : nommer le problème, faire entrer un tiers neutre, remettre à plat le qui fait quoi et qui décide quoi, puis écrire les règles de sortie pendant que tout va bien.

L'idée reçue : deux associés qui ne s'entendent plus

Quand une association se dégrade, l'explication arrive toute faite, et elle est toujours la même : les caractères ne sont plus compatibles. L'un est devenu rigide, l'autre ne s'implique plus, ils ne se supportent plus. Chacun raconte cette version à son entourage, et chacun y croit.

Ce qui est vrai : les décalages existent

Les décalages sont réels, et ils ne sortent pas de nulle part. Dans les situations que nous rencontrons, ils prennent presque toujours une de ces formes, souvent plusieurs à la fois.

  • L'un a le sentiment de porter plus que l'autre, sans que la rémunération ni la répartition du capital ne bouge.
  • Les visions divergent : l'un veut grandir, l'autre veut stabiliser.
  • Un événement personnel change les priorités de l'un, naissance, séparation, santé, autre projet.
  • Un rôle n'a jamais été clairement attribué, et chacun pense que c'est l'autre qui s'en occupe, ou qui s'en occupe mal.
  • Les décisions se prennent sans l'autre, ou avec lui mais pour la forme.

Il est vrai aussi que, dans la plupart de ces situations, les associés n'ont pas eu une seule vraie conversation sur le sujet depuis des mois. Chacun s'est construit son récit, a cherché des alliés dans l'équipe, parfois chez des partenaires extérieurs qui n'ont pas la vision d'ensemble. Et chacun a fini par penser que l'autre ne comprend plus rien. Pendant ce temps, l'équipe se trouve déstabilisée : elle sent les tensions bien avant que les associés ne se les avouent, et elle commence à choisir son camp.

Ce qui est faux : ce n'est pas d'abord une affaire de personnes

Voilà où la lecture courante se trompe. La plupart des conflits entre associés sont en réalité des conflits d'organisation déguisés en conflits de personnes. Regardez la liste précédente : un rôle jamais attribué, une charge jamais mesurée, un circuit de décision jamais posé. Ce sont des défauts de structure, pas des défauts de caractère. Ils produisent de la frustration, la frustration produit de l'interprétation, et l'interprétation finit par se cristalliser sur une personne.

La conséquence pratique est importante. Tant qu'on traite le symptôme, c'est-à-dire la relation abîmée, on tourne en rond. Quand on traite la cause, c'est-à-dire la répartition réelle du travail, du pouvoir de décision et du temps consacré à l'entreprise, le conflit perd une grande partie de sa charge émotionnelle. Les deux associés découvrent souvent qu'ils ne se battaient pas l'un contre l'autre, mais contre un flou qu'ils avaient laissé s'installer ensemble.

Ce qui fonctionne, avant l'avocat

  1. Nommer le problème. Le dire à voix haute, à l'autre, avant d'en parler à tout le monde sauf à lui. C'est la marche la plus haute, et personne ne la franchit par hasard.
  2. Faire entrer un tiers neutre. Pas un ami, pas le comptable, pas le conjoint. Quelqu'un qui n'a aucun intérêt dans l'issue, qui peut poser les questions que les deux évitent, et qui verra des solutions auxquelles ni l'un ni l'autre n'avait pensé. Dans un conflit entre associés, le tiers sert d'abord à ce que chacun entende enfin ce que l'autre dit vraiment, et non ce qu'il croit entendre depuis six mois.
  3. Remettre à plat le qui fait quoi, le qui décide quoi, et le temps que chacun y consacre. C'est l'étape qui traite la cause. Elle produit souvent un soulagement immédiat, parce qu'elle objective ce que chacun ressentait sans pouvoir le démontrer.
  4. Rouvrir le pacte d'associés, ou en écrire un. Et surtout, y inscrire à froid ce qui se passerait en cas de désaccord durable ou de départ de l'un.

Ce dernier point mérite d'être compris pour ce qu'il est. Le pacte d'associés est, selon Bpifrance Création, une convention facultative établie en complément des statuts, qui reste confidentielle et n'est opposable qu'à ses signataires. On y trouve notamment des clauses de préemption, d'agrément, de sortie conjointe ou d'exclusion. Autrement dit, c'est l'endroit où l'on écrit les règles du divorce pendant qu'on s'entend encore. Décider des règles de sortie quand tout va bien reste la meilleure assurance contre une sortie qui tourne mal.

Parfois, à l'issue de ce travail, les associés concluent qu'ils ne veulent plus continuer ensemble. Ce n'est pas un échec. Une séparation décidée lucidement, préparée et organisée vaut infiniment mieux qu'un conflit qui traîne deux ans et abîme l'entreprise, les équipes et les deux associés au passage.

Quand le juridique prend le relais

Quand le dossier arrive chez l'avocat, trois choses ont déjà échoué : le dialogue, le cadre et le temps. À ce stade, on ne règle plus un désaccord, on organise une séparation, avec les coûts, les délais et les dégâts sur l'entreprise que cela suppose.

Entre les deux existe pourtant une étape que beaucoup de dirigeants ignorent : la médiation. Un médiateur, professionnel formé à cet exercice, conduit la discussion sans trancher et sans représenter l'un ou l'autre. La solution reste celle des associés, mais elle s'élabore dans un cadre, avec un calendrier et une confidentialité qui protègent l'entreprise. Beaucoup de pactes d'associés prévoient d'ailleurs une clause de médiation préalable, qui impose d'en passer par là avant toute action en justice. Si le vôtre n'en contient pas, c'est une ligne à ajouter la prochaine fois que vous l'ouvrirez.

Il est utile de savoir à quoi ressemble la voie contentieuse, précisément pour mesurer ce que l'on évite. Lorsque la mésentente entre associés paralyse le fonctionnement de la société, la procédure permet notamment de demander au président du tribunal la désignation d'un mandataire ad hoc ou d'un administrateur provisoire, et la dissolution de la société peut être prononcée pour justes motifs. S'y ajoutent les contentieux classiques du droit des sociétés : contestation d'une décision pour abus de majorité, révocation judiciaire du gérant, mise en jeu de la responsabilité du dirigeant, ou mise en œuvre d'une clause d'exclusion prévue aux statuts avec rachat des parts sociales de celui qui s'en va. Chacune de ces actions est longue, publique dans ses effets, et laisse des traces dans l'entreprise bien après le jugement.

Le juridique est parfois nécessaire. Il est rarement le premier bon réflexe. C'est la raison pour laquelle nous intervenons comme tiers neutre auprès des dirigeants de TPE et PME : remettre le dialogue en route, clarifier les rôles et les règles de décision, et aider les associés à choisir ensemble la suite. Avant que la question ne soit tranchée à leur place. Si le sujet vous occupe seul depuis des mois, la solitude du dirigeant fait partie du problème, et notre façon de travailler consiste précisément à ne pas vous y laisser.

Questions fréquentes

Que faire en cas de conflit entre associés ?

Commencer par nommer le désaccord auprès de l'autre associé, avant d'en parler à l'entourage. Faire ensuite entrer un tiers sans intérêt dans l'issue, puis remettre à plat la répartition réelle du travail, des décisions et du temps consacré à l'entreprise. Le recours juridique vient en dernier : il organise une séparation, il ne règle pas un désaccord.

Le pacte d'associés est-il obligatoire ?

Non. C'est une convention facultative, établie entre associés en complément des statuts de la société. Contrairement aux statuts, qui sont publics et s'imposent à tous, le pacte reste confidentiel et n'est opposable qu'à ses signataires. Sa modification suppose l'accord unanime de ceux qui l'ont signé.

Peut-on exclure un associé qui bloque l'entreprise ?

Seulement si une clause d'exclusion a été prévue dans les statuts, ou dans des cas précis encadrés par la loi. C'est la raison pour laquelle ces règles s'écrivent à froid, au moment où l'association fonctionne. À défaut, le recours passe par le tribunal, notamment par la désignation d'un mandataire ad hoc quand la mésentente paralyse le fonctionnement de la société.

Sources

  1. Bpifrance Création, Le pacte d'associés : organisation et fonctionnement (consulté en octobre 2026)

Un désaccord qui dure entre associés ?

On remet le dialogue en route et on traite ce qui le nourrit vraiment : les rôles et les règles de décision. Un appel de 15 minutes pour en parler.

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